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Narcisse Ailes du Rêve.

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MessageSujet: Narcisse Ailes du Rêve. Ven 10 Aoû - 15:58


RÉVEIL

Les souvenirs sont vagues, si vagues. Pourtant Narcisse essaye de se rappeler, essaye de mettre un visage sur ces silhouettes, et même un nom sur ces visages. Il revoie sa mère, si aimante envers lui, tant et si bien que sa folie ce sera transmise à son fils. Il revoie sa tante, douce et charmante, jouant de la lyre dans l’atrium. Il revoie le dos de son père, le jour où il quitta la maison en les laissant derrière lui. Mais leurs noms, le lieu où tout ceci est arrivé, la date… Toutes ces informations, pourquoi ne reviennent-elles pas ?!

Des bribes de souvenirs lui revinrent pourtant, quand dans le néant absolu, sa conscience se réveilla. Pas de corps, pas de cœur, pas d’esprit, juste une âme perdue dans les terres desséchées du Royaume des Morts. Oui, ces souvenirs si précieux… Il se concentra sur eux, de toutes ses forces, et de son âme commença à renaître son esprit, et avec lui son corps. La voix éraillée, il ne s’arrêta pourtant pas de s’accrocher à ce qu’il savait, ce dont il était certain. Et dans le silence des Enfers, sa voix fluette résonna enfin.

« Je suis Narcisse de Constantinople. Je suis né en l’an quatre-cent-vingt-sept du calendrier de Julien, le vingt-six Ianuarius. Je suis Narcisse de Constantinople. Ma beauté est l’égale de celle des Dieux. Mon destin est différent, mon destin s’accomplira ailleurs. Je suis né en l’an… »

Et ainsi continua-t-il de parler, s’écorchant la gorge jusqu’à l’extrême, crachant bientôt du sang et cherchant de l’eau, de la fraicheur, de quoi apaiser sa douleur. Narcisse avança à travers la plaine déserte, continuant de se remémorer, de se souvenir, de plus en plus d’informations. Le nom de sa mère, Bérénice. Le nom de son père, Agrippa. Le nom de sa tante, Myriam et le plus important, le nom du… Rah, impossible de se souvenir ! Alors continua-t-il à marcher, à parler, à reprendre contenance jusqu’à ce qu’enfin, il voit se dessiner au loin la silhouette d’un fleuve. Mais lorsqu’il s’en approcha, ce ne fût que pour y découvrir un flot sans fin de morts s’écoulant vers le néant. À genoux, la bave aux lèvres, il s’arrêta finalement de parler, et il comprit pourquoi instinctivement, le flot de paroles était né : il ne voulait pas entendre leurs lamentations. Il ne le voulait pas car, il ne se souvenait plus ! De quoi pouvait-il se lamenter, lui qui ne savait rien ? Il n’était pas responsable du départ de son père, pas responsable de sa naissance ni même de la folie de sa mère. Quel crime avait-il pourtant commis pour s’éveiller en ces lieux qu’il savait être l’Enfer ?

Sur les bords du Styx, Narcisse s’allongea et formula le vœu de mourir à son tour. Devait-il se jeter dans l’eau pour disparaître ? Cette pensée fût amplifiée par les lamentations des morts. Le regard perdu dans les vagues formes du plafond informe des limbes, Narcisse se redressa et rampa, jusqu’à voir son reflet dans le fleuve. Avait-il toujours été aussi beau ? Mais n’avait-il pourtant pas les cheveux d’un noir de jais avant d’être… ici ? Là, sa chevelure était verte. Du même vert que les volutes d’âmes qui dérivaient dans cette eau. Alors, il était mort ? Un Errant. Une âme morte mais, dont le châtiment était d’errer dans les limbes. Et à la différence de ceux plongeant dans le néant, lui était conscient d’être « là » sans savoir pourquoi.

Supportant la douleur qui étreignait sa gorge et ses muscles, il se releva et décida de ne pas se jeter dans le fleuve, pas encore. Avant, il voulait savoir, il voulait comprendre, comment un jeune homme aussi beau que lui avait-il pu mourir. Sur sa route, il se souvint de plus en plus de petits souvenirs liés à sa mère et à sa plus tendre enfance. La façon dont les augures de Cybèle et de Minerve avaient annoncés à ses parents qu’il serait différent. Le signe que Bérénice y avait vu, alors qu’Agrippa, plus terre à terre de part son métier de marchand, avait choisi de divorcer d’elle et de se remarier pour échapper à la folie de cette femme qu’il avait pourtant aimé. Les avertissements de Myriam lorsque Bérénice avait finalement choisi de le confier à… à…

« Son nom bon sang son nom ! Pourquoi ne puis-je me rappeler de son nom ?! »

La colère lui donna une force supplémentaire. Dans son errance, la haine devint son arme pour résister à la faim, la soif, et la douleur. Car il n’y avait nulle vie en Enfer. Pas de verdure, pas de soleil, pas d’eau. Juste la douleur, juste l’envie, juste… lui, seul. Parfois il se mettait à parler tout seul, quand il sentait que par manque de sons, son âme s’étiolait de nouveau et manquait de retourner au néant. Mais il ne voulait pas y retourner. Plus jamais. Son destin était ailleurs, il en était certain ! Pourquoi serait-il revenu sinon ? Pourquoi diable aurait-il pu se réincarner en Errant si ce n’était pas pour accomplir quelque chose ?

Ses souvenirs devinrent ses lettres saintes. Les paroles de sa mère, sa doctrine. Et s’accrocher à cette errance, une obligation morale. Il ne « pouvait » pas mourir à nouveau, redisparaître dans le néant. Cela ne faisait pas parti de son destin. Il était, au-dessus de ça. D’ailleurs il se souvenait des paroles du prêtre de Minerve.

« Tu seras la lame, celle qui pourfend et châtie. »
« Maître ?! » Cria-t-il en sursautant.

Incroyable, il avait clairement entendu les paroles de… son maître ? Mais, il était seul ici. L’observait-on ? Non, impossible, il l’aurait senti, entendu, quelque chose ! On ne l’aurait pas laissé errer sans but aussi longtemps. À moins que… ce soit son châtiment ? Narcisse n’avait jamais essayé d’appeler à l’aide. Il n’avait jamais cherché à parler à une autre personne qu’à lui-même en ce lieu oublié de la Vie elle-même. Peut-être cette errance était-elle un châtiment, ou, un test. Voilà qui semblait tout d’un coup cohérent dans son esprit, comme une vérité qu’il cherchait à saisir depuis longtemps sans y parvenir. Tout ceci était un test ! Mais, quel en était la nature exacte ? Narcisse chercha à s’élever sur la plus haute colline des Enfers, après avoir remonté pendant des jours, des semaines voir des années le Styx sans jamais croiser personne. Même d’ici, tout était vide et mort. Mais, il devait essayer.

« DIEU DES MORTS ! ENTENDS LE CRI DE NARCISSE ! DIEU DES MORTS, JE SUIS PRÊT ! »

Sa voix porta tel un écho, et c’est à ce moment là qu’il aperçu du temps qui s’était écoulé depuis son réveil. Le sang séché sous son menton, la poussière dans ses cheveux, sa gorge cicatrisée par miracle sans qu’il ne s’en rende compte… Le temps avait remplit son office mais ici, celui-ci ne voulait rien dire. Il avait tout le temps nécessaire et avait « eu » tout le temps nécessaire pour comprendre la nature de ce lieu et de ce test dont il faisait l’objet. Narcisse ne s’attendait nullement à voir le Dieu des Morts lui répondre, mais il fût déçu que rien ne se passe. En haut de la colline, son cri porta à nouveau à travers les Enfers, plusieurs fois. Jusqu’à ce qu’enfin…

JE SUIS PRÊT DIEU DES MORTS ! JE SUIS PRÊT À PASSER TON TEST, JE SUIS PRÊT À ME BATTRE ! JE… ?! »« Il s’arrêta brusquement de parler : n’était-ce point des cailloux qui crissent qu’il venait d’entendre dans son dos ?
« Nous allons voir si tu es prêt. »

Puis ce fût de nouveau le noir total, sans qu’il n’ait eu le temps de se retourner et de voir, enfin, quelqu’un se tenir debout face à lui. Dans son sommeil de plomb, il jubila, anxieux et heureux qu’enfin, le tout puissant Hadès accepte de le soumettre à son épreuve, à son jugement. Enfin, son destin allait s’accomplir…
C’était en tout cas ce qu’il croyait.

¤ ¤ ¤
CONDAMNATION

Lorsqu’il ouvrit ses yeux bleus, Narcisse retrouva immédiatement les sensations de son corps immortel, condamné à souffrir à jamais. Il avait eu, l’espace de quelques secondes, peur d’être à nouveau retombé dans le néant. Aussi reprit-il immédiatement sa litanie, cherchant à garder le contrôle sur lui-même, au travers de ces mots qu’il répétait sans cesse, prière dans les ténèbres de son amnésie. Puis il se calma, se détendit, et écouta en respirant de plus en plus doucement. Une part de lui savait se mettre en condition pour facilement retrouver son souffle. Une autre part de lui-même savait comment méditer et s’ouvrir au monde qui l’entourait. Pourquoi ? Comment ? Des questions sans réponses, pour le moment. Car les choses avaient changé, enfin ! Après ce qu’il ignorait être dix années d’errance dans les enfers. Une épreuve qui d’ailleurs, n’en était pas une. Toujours était-il que pour lui, même si la situation présente n’était pas charmante, elle restait bien plus enviable que la précédente.

Parmi les sons qu’il entendait depuis la cellule sombre et froide dans laquelle il était enfermé, Narcisse reconnu des grognements, des crissements de griffes sur les dalles de pierre mais aussi des respirations plus « humaines » et des cliquetis d’armures. Il ne pouvait pas le voir d’ici mais il l’entendait parfaitement bien, ce garde qui patrouillait dans le couloir. Le jeune homme ne put s’en empêcher, il ne put résister après tout ce temps passé dans la solitude…

« HEY ! Je vous en prie, GARDE ! Dites-moi ce qu’il se passe ? Qu’est-ce que je fais là ? S’il vous plait ! »

À mi-chemin entre le cri et la plainte, les paroles du prisonnier portèrent dans tout le couloir et il cru déceler un ricanement lui revenir d’une cellule voisine, alors que les bruits de pas revenaient vers lui, avec une lenteur provocante et accablante. Lorsqu’enfin le garde apparu dans la petite lucarne de la porte de sa cellule, Narcisse eut un choc. Ou plutôt, ce fût comme une décharge électrique qui le cloua sur place une seconde. Des flashs lui revinrent, des hommes portants ces mêmes armures violettes étincelantes, avec toutes ces griffes, ces cornes, ces crocs… Mais le souvenir s’estompa lorsque le garde prit la parole, et pas de la manière la plus amicale.

« La ferme le nouveau, tu sauras bien assez tôt ce qui t’attend. Et tu regretteras de pas l’avoir bouclé. »
« Pour… pourquoi ? »
« Parce qu’au moins dans les limbes tu avais encore la possibilité de vivre éternellement. Alors qu’ici, au Colisée… Ahahahahah ! »

Le garde partit dans un grand fou rire et laissa Narcisse désemparé, songeur, inquiet. Quelle était donc cette farce cruelle que lui faisaient les dieux ? Quel était donc son crime pour qu’ainsi le sort s’acharne contre lui ? Il était en vie d’accord, mais n’aurait-il pas mieux valu être mort pour de bon que de déambuler ainsi dans les enfers pour finir dans le sable d’une arène ?

Mais non, qu’est-ce que je raconte, bien sûr qu’il vaut mieux être en vis que de mourir une seconde fois ! Je ne dois pas me laisser impressionner, mon Maître m’a apprit à rester stoïque face au danger. Et puis, après tout, je suis le beau Narcisse non ? Qu’ils tentent de m’abattre s’ils le désirent, mon nom restera éternel pour sa part ! Et à travers lui, je vivrais à jamais. Mais qu’est-ce que pouvait représenter un nom face à cette absurdité dans laquelle il vivait à l’heure actuelle ? Il faut se poser les bonnes questions, oui, les bonnes questions…

Où était-il actuellement ? Dans une cellule d’un Colisée basé dans, les Enfers. Le Garde lui rappelait vaguement quelque chose, comme un lointain souvenir. Sans doute un serviteur d’Hadès, chargé de garder les âmes perdues dans les limbes mais pas encore mortes enfermées, pour les faire s’entredéchirer pour le bon plaisir de son maître. Oui, tout ceci semblait logique : il n’y avait pas grand-chose à faire aux Enfers, et le Dieu des Morts s’était trouvé une occupation. Face à cette réalité, que pouvait-il tenter ? Survivre était une bonne option. Mais… après ?
Cette pensée le renvoya à une autre question : et avant ?

Pourquoi tout ceci lui semblait familier ? Avait-il déjà été tué ici ? Cela semblait peu probable. Pour être honnête Narcisse était perdu en cet instant. Son corps tomba lourdement sur le sol et son dos se colla à la porte de métal, appréciant ce contact nouveau et si différent de la roche ou du bois mort contre lequel il avait prit l’habitude de dormir durant son errance. Mais l’esprit du jeune homme lui, ne fonctionnait plus. Il n’arrivait plus à penser, et ne souhaitait plus penser. Dans le déni le plus total de la situation, il imagina que tout ceci était un cauchemar, et qu’à son réveil, il rirait de tout ceci. Mais il avait beau se pincer jusqu’au sang, il ne se réveillait pas. Et bientôt le garde revint, avec un collègue.

« Il est l’heure le nouveau, j’espère que t’as eu l’temps de prier les dieux. »
« J’ai un nom vous savez… »
« Pas pour moi : gagnes les trois combats, et tu en auras peut être un par contre. »
« Trois combats ? »

Mais on ne l’informa pas plus de ce qui allait suivre. La surprise et l’horreur, allaient donc être, totales.

Sans ménagement, on le traina hors de sa cellule après avoir prit soin de lui passer des fers aussi lourds que rouillés et qui dessinèrent de longs sillons rouges dans la peau de ses poignets. D’un coup de pied, on le fit avancer dans le couloir où de chaque côtés, d’autres cellules lui révélaient dans les ombres des silhouettes inquiétantes dont la nature inexacte ajoutait à leurs auras de peur. Tout le bâtiment semblait être fait de ces geôles mais au-dessus de sa tête, à mesure qu’il avançait, Narcisse semblait distinguer des bruits, des cris, des huées… Alors il était bel et bien dans un Colisée ? Il allait être jeté dans le sable de l’arène des Enfers pour y voir son âme dévorée ou tuée une seconde fois par des monstres et des morts ? Bon sang non, non, il ne voulait pas ça ! Il n’avait pas encore accompli son destin !

Prit d’une panique compréhensible, Narcisse tenta de ralentir l’allure mais ses gardes l’attrapèrent par les bras et le trainèrent purement et simplement jusqu’à une grille ouverte derrière laquelle il fût jeté après avoir été détaché. Le nez dans la poussière, il se releva bien vite et attrapa les barreaux de cette nouvelle cellule qu’il secoua avec violence en sachant pertinemment qu’il ne pourrait sortir de là, sauf pour aller dans une autre direction. Car derrière lui, la grille, pour le moment fermée, s’ouvrait sur l’arène où deux hommes semblaient se livrer un combat à mort sous les cris d’approbations et de haines d’une foule en délire. Foule composée d’ailleurs de personnes en armure, comme les gardes. Quel était donc ce lieu ? Qui étaient-ils donc ? Aucune légende ne parlait de tout ceci ! À moins que… Rah non, ce n’était pas le moment de se souvenir de tout ça, il y avait plus urgent !

Délaissant la première grille, il se dirigea vers la seconde et observa le combat qui se déroulait sous ses yeux. Deux hommes sans armures, aussi blessés l’un que l’autre, s’affrontant à mains-nues mais, avec, avec quelque chose de familier. Ces éclairs, ces images, tout cela lui semblait tellement familier qu’il aurait mit sa main à couper qu’il était lui-même un guerrier de cette trempe. Mais, allait-il se rappeler à temps de la façon dont il pouvait se servir des mêmes capacités que ces âmes condamnées à mourir pour le divertissement d’Hadès ? Réfléchis Narcisse, mais réfléchis donc !

Des hourras saluèrent la victoire de l’un des deux combattants. Sa victime, le crâne défoncé, gisait au sol, inerte. Quand au victorieux guerrier, il se retira du sable de l’arène par une autre grille que celle derrière laquelle se tenait le jeune homme. Ce dernier se laissa tomber sur ses fesses, incapable de comprendre. Il allait devoir se battre, et survivre, voilà la seule certitude qui lui restait en cet instant. Tout le reste était flou, ou superflu. S’il se concentrait assez sur cette pensée, comme il l’avait fait pour rester lui-même à son réveil du néant, alors un espoir subsistait, maigre, mais présent. Une voix puissante le sortit de sa torpeur : le crieur annonçait le prochain combat…

« Le Spectre de l’Horloge va maintenant affronter un nouveau prisonnier de nos geôles ! S’il gagne, il devra affronter et vaincre un dernier adversaire pour quitter les Enfers ! Sera-t-il à la hauteur ? Que les combattants, S’AVANCENT ! »

La grille du côté de Narcisse s’ouvrit, ainsi qu’une autre de l’autre côté du Colisée. Alors c’était son tour ? Mais, avait-il bien entendu les paroles du crieur ? Si son adversaire arrivait à le vaincre, il devrait encore affronter une personne et gagner pour échapper aux… Enfers ?! Et si lui aussi gagnait, aurait-il droit au même traitement ? L’espoir se fît plus fort dans le cœur desséché de Narcisse qui s’avança à la lumière surnaturelle des flammes violettes du Colisée. Face à lui, un garçon plus jeune encore que lui, affublé de guenilles comme Narcisse, au visage tuméfié. Derrière sa tignasse noire il semblait brûler d’une rage que le jeune homme à la chevelure verte n’avait pas lui-même. Devait-il réellement l’affronter ?

« Je ne souhaite pas de combattre. » Annonça Narcisse à son adversaire.
« C’est ton choix. » Lui répondit-on. « Laisses-toi faire et je pourrais peut-être quitter le Colisée plus rapidement encore. »

Il n’y avait aucune animosité entre eux, le jeune homme le sentait bien. Aux yeux de celui nommé par le crieur comme étant le Spectre de l’Horloge, il n’était qu’un errant jeté dans l’arène pour y être massacré. Le jeune guerrier fît rouler ses épaules et craquer ses cervicales et, lorsqu’enfin le cor annonciateur du combat retentit, il disparut tout simplement du champ de vision du jeune homme à la chevelure d’émeraude. Un choc au ventre le plia en deux, tandis qu’un coup de genou l’atteignait au front, le renvoyant en arrière. Narcisse ferma les yeux de toutes ses forces, se concentrant sur les éclairs que ces attaques violentes venaient de déclencher en lui. Et ce fût derrière ses paupières closes qu’il sentit plus qu’il ne vit arriver la prochaine attaque, qu’il arrêta de l’avant-bras avant de reculer d’un bond.

Lorsque ses yeux se rouvrirent, le Spectre de l’Horloge se tenait à quelques mètres de lui, surpris de voir ainsi son adversaire se « réveiller » et parer son enchainement. Dans la foule les huées continuaient de fuser mais certains murmuraient entre eux : qui est ce prisonnier ? Le souffle coupé, Narcisse regarda ses mains, sentant en elles la force nécessaire à la bataille qui allait suivre. L’univers qui l’entourait, comprenant l’arène, le sable, la foule, tout ceci passait au travers de lui, et même plus encore. Tremblant d’une énergie soudaine et presque incontrôlable tant sa puissance dépassait son entendement actuel, Narcisse leva la main droite vers son jeune adversaire.

« Fuis ! » Lui cria-t-il avant de sentir le Cosmos le traverser. « Par le miroir de Narcisse ! »

Les mots étaient nés naturellement, aussi naturellement que ce mot : Cosmos. Oui, voilà le chaînon manquant de son histoire et de son passé. Une énergie que seuls quelques élus pouvaient sentir et comprendre dans sa globalité. C’était elle, cette énergie, qui avait fait de lui ce qu’il était devenu, le promettant à un si grand destin mais le faisant aussi tomber au combat. C’était par le Cosmos que tout avait eu lieu. Et c’était par le Cosmos que le Spectre de l’Horloge allait périr. Surpris par un tel déferlement de puissance, il se détourna latéralement pour fuir mais l’attendait déjà un second adversaire, identique au premier. Et bientôt, de chaque direction, apparurent des images de Narcisse qui plongèrent à une vitesse surhumaine sur leur cible. L’original plongea au même instant, et dans l’entrave cosmique née de son attaque, il arma son bras droit et le plongea en plein cœur de ce jeune garçon à qui il devait sans doute la « vie » aujourd’hui. Si la tactique de ce dernier avait été différente, peut-être n’aurait-il pas eu le temps de se souvenir de son Maître Zénon, l’homme qui lui avait tout appris…

L’illusion disparut, et le public put apprécier la vision de cet errent aux longs cheveux verts, la main plongée dans la poitrine de son adversaire, dégoulinante de sang. Le Spectre de l’Horloge tendit sa main vers Narcisse et murmura quelques mots incompréhensibles.

« A…lors, vous… étiez… là… »

Sa main retomba, et le guerrier, après avoir recueilli le dernier souffle du garçon, laissa son corps inerte tomber dans le sable de l’arène. Horrifié par ce qu’il venait de faire et la facilité avec laquelle il avait accompli ce meurtre, il recula et tomba à son tour à terre, cherchant à s’enfuir à tout prix de l’Enfer. Mais il y avait des règles à respecter… Un Spectre aux ailes noires se posa dans le Colisée, face à lui, et l’arrêta en écrasant sa main tandis qu’il rampait vers la grille de sortie.

Alors tu étais bel et bien prêt. Mais chercherais-tu à nous fausser compagnie ? »« Narcisse releva les yeux et vit là un homme au visage masqué, dans une armure sombre et étincelante possédant une magnifique paire d’ailes. « Nul ne peut quitter le Royaume d’Hadès sans se soumettre à l’épreuve du Colisée. En éliminant le Spectre de l’Horloge tu as gagné le droit de prendre sa place et de tenter à ton tour ta chance. Qui étais-tu à la surface prisonnier ? »
« Je… Narcisse. J’étais juste, Narcisse. »
« Narcisse dis-tu ? Et qui servais-tu Narcisse ? » Continua-t-il en accentuant la pression sur sa main du coin de son talon.
« Je ne sais plus. »
« Tu ne sais plus ? Voilà un homme bien lâche qui refuse de dire qui il servait ! » Le Spectre arrêta de lui écraser la main pour le saisir par le col et, à bout de bras, le soulever du sol pour le regarder dans les yeux, tout en l’étranglant. « Parles ! Qui servais-tu ! »
« JE NE SAIS PLUS ! » Le cri de Narcisse, né de lui et de son Cosmos, créa un flash aveuglant qui fît lâcher le Spectre ailé.
« Oh toi tu vas… ! »
« Il suffit. » Intervint un second Spectre du même acabit depuis les gradins. « Peut importe qui il fût, aujourd’hui il n’est plus qu’un combattant parmi tant d’autres. Qu’il affronte ses adversaires et nous découvrirons bien qui il servait. »

Telles furent les dernières paroles que Narcisse garda en mémoire, pendant de très, très longues années. En quoi consistait l’épreuve du Colisée ? En une suite de trois combats : le premier contre une créature infernale ; le second contre un autre prisonnier ; et le troisième contre un Juge d’Hadès, chargé de juger de la force des âmes combattant dans le Colisée. Si certains Juges étaient friands des mises à mort, celui qui venait de condamner Narcisse à trois siècles de souffrances était différent. On l’appelait le « Griffon ». Et il allait devenir l’unique bourreau du divin Narcisse de Constantinople, « l’homme-sans-dieux ».

¤ ¤ ¤
[color=indigo]]RÉDEMPTIONor=green]« J’en ai assez. » Entendait-on murmurer depuis une unique cellule du Colisée.

Assez de se battre, assez de survivre, assez de subir ce châtiment injuste. Il en avait assez de tout ça, mais ne pouvait se résigner à se laisser tuer. Mais il n’était pas assez fort pour vaincre. Ainsi gagnait-il et échouait-il si près du but, mais même cela n’était plus un espoir. Ce n’était qu’une illusion de plus créée par le Griffon, ce Juge infernal. Aujourd’hui, plus aucun autre Spectre ne vient au Colisée lorsque c’est à Narcisse le sans-dieu d’y combattre. Il n’y a plus que le Juge, le condamné, et ses victimes. Il en a tué, des créatures monstrueuses, des prisonniers et des âmes tombées, mais jamais n’est-il arrivé à vaincre plus fort que lui. Condamné à survivre à ces affrontements, même en cas de défaite, il a dépassé depuis longtemps le stade de la prière et de l’espoir.

Il ne lui reste plus rien. Pourquoi le Griffon attend-il toujours, du haut de son trône, que quelque chose se passe ? Attend-il de le voir mourir ? Ou bien attend-il un déclic qui jamais n’arrivera ? Car Narcisse a cessé de se souvenir, depuis longtemps. Il se souvient de tout ce qu’il y a à savoir sur son enfance, et même sur son Maître, Zénon. Mais il ne sait pas pourquoi il lui enseignait cela. Et aucun Spectre ne le sait non-plus. Aucun, à part peut-être les Juges, mais seul Minos vient lui rendre visite et jamais n’échangent-ils de paroles. L’un se contente d’observer, l’autre de se battre. Et cela n’aura plus de fin, jusqu’à ce qu’il cède à la tentation, d’années en années plus forte, de se laisser mourir face à l’un de ses deux premiers adversaires.

Ce sera son réel châtiment, pour avoir fait couler le sang et disparaître les âmes de tant de chevaliers au cours de ces trois derniers siècles. Tant de valeureux combattants de la surface tombés dans des circonstances toujours mystérieuses à Narcisse. Certains étaient parfois bavards, d’autres muets comme des tombes. Et toujours, pas à la hauteur du seul homme de l’arène à s’être réincarné aux Enfers. Sa volonté est-elle si forte ? Si tel est le cas, pourquoi ne parvient-il pas à s’échapper d’ici ? Mais cela n’a plus aucune importance. Car il en a assez.

Aujourd’hui encore il va devoir se battre. Aujourd’hui encore, le Griffon sera son seul spectateur. Aujourd’hui encore, il échouera, si près du but… Cette rengaine est devenue sa nouvelle prière, en quête de rédemption. Le garde qui l’escorte vers l’arène n’est plus le même que le précédent, qui lui-même n’était pas le même que le premier que Narcisse avait rencontré. Il s’en est passé des choses en trois siècles. Mais lui les ignorent, comme il ignore tout le reste. En silence, le prisonnier tend les mains et se fait passer les fers avant d’avancer de lui-même vers la cage déjà ouverte sur l’arène. Ses fers tombent à terre, ses pas le conduisent lentement vers le centre du Colisée des Enfers, et d’un simple coup d’œil, il entraperçoit Minos, le Griffon, perché sur son trône, attendant de voir si aujourd’hui enfin, l’âme de ce guerrier oublié pourra être soumise à son jugement. Tournant sur lui-même, Narcisse apprécia pour sa part le silence des lieux, ses estrades vides et le lyrisme du désespoir l’envahit une fois encore, mais il en avait même assez de plaisanter à ce sujet, car personne ne lui répondait jamais. Bras écartés, il invita le Juge à donner l’ordre de commencer l’épreuve.

Aucun crieur pour lui. Nul besoin de ce genre de divertissements. La grille au fond de l’arène s’ouvrit sur un Manticore. Encore un ? Pensa-t-il avec tristesse. Il était presque triste d’avoir tué toutes ces créatures en trois cents ans. Mais c’était elles ou lui. Le corps du monstre se hérissa, prêt à bondir dans un grognement bestial. À peine sortit de sa cage, il fît plusieurs pas et d’un mouvement circulaire, tenta de faucher Narcisse avec sa queue. Le guerrier évita l’attaque d’un bond mais la créature effectua un nouveau balayage en sens inverse.

« Désolé. »

Un pas en avant, un genou à terre et Narcisse bloqua de l’avant bras gauche la queue du Manticore avant de la trancher de sa main droite chargée de Cosmos. Un cri de douleur accompagna cette blessure tandis que le Manticore se retournait vers son bourreau et lui sautait à la gorge, toutes pointes dehors, cherchant par ce contact à sceller la vie de Narcisse en l’empoisonnant d’une simple piqure. Économisant ses mouvements au maximum, les réflexes du jeune homme lui permirent de prendre à contre-pieds la créature en effectuant une roulade en avant, suivit d’un second coup tranchant qui vint cueillir l’infernale créature à la base de la mâchoire avant de continuer sa route jusqu’au moignon de sa queue. Narcisse se releva derrière un Manticore quasiment coupé en deux, couvert de son sang et de ses tripes. Même cela ne lui faisait plus aucun effet. Mais cela en faisait à ses adversaires.

Car le prisonnier désigné pour l’affronter venait d’entrer à son tour dans l’arène ensanglantée, et restait paralysé face à cette vision cauchemardesque. Narcisse pour sa part n’hésita pas.

« Par le miroir infernal. » Prononça-t-il en tendant sa main droite vers la personne inconnue qui allait bientôt périr.

Aussitôt piégé dans l’illusion de Narcisse, le guerrier vit sa vision se transformer subtilement et lui faire apparaître un reflet de son adversaire qu’il pensa venir par sa gauche, alors qu’il arrivait par sa droite. Lorsqu’il comprit, trop tard, que l’illusion n’était qu’un leurre, le bras droit de Narcisse creusait déjà un sillon parfait dans son thorax. Ce n’était pas aujourd’hui qu’allait s’accomplir son destin. Ce second corps à terre, Narcisse se tourna vers la troisième et dernière grille de l’arène, celle d’où allait sortir une quelconque Étoile Céleste, ou un Juge qui sait ? Mais lorsque le grincement de la cage se fît entendre, quelque chose interpella immédiatement Narcisse. Et pas seulement lui : sur son trône, le Griffon venait également de relever la tête.

Un inconnu entra pas à pas dans le sable du Colisée. Un homme, qu’il n’avait jamais vu auparavant, que ce soit dans le public ou même en tant qu’adversaire. Un inconnu dégageant une aura plus puissante encore que celle du Juge. Une aura infernale mais divine. Bien qu’au fin fond du désespoir, Narcisse sentit naître une certaine curiosité pour ce Spectre qu’il ne connaissait ni d’Eve ni d’Adam. Se remettant instinctivement en place au milieu des cadavres, il se prépara à subir l’assaut de ce nouvel adversaire. Mais ce dernier avait autre chose en tête…

« Ainsi donc, voilà celui que l’on nomme le « sans-dieu »… Impressionnant. » Commenta-t-il en détaillant Narcisse de la tête aux pieds.
« Qu… quoi ? » Eut-il du mal à articuler tant le regard scrutateur du Spectre était presque déplacé. « Qu’est-ce que vous voulez ? »
« Te rencontrer. Tu es un vrai phénomène au Royaume d’Hadès savais-tu ? Tu as dégouté bon nombre de Spectres du Colisée depuis trois siècles. »
« Vous m’en voyez… ravi. » Qu’était-il en train de faire avec lui ? Pourquoi, tout d’un coup, se sentait-il l’espace de quelques instants si arrogant ? « Et qui êtes-vous ? »
« On me nomme le Dieu des Rêves. Mais mon vrai nom est Oneiros, fils d’Hypnos. Et je suis ici pour te poser une question… »
« Quelle ques… ! »

Mais le Spectre venait de passer à l’attaque ! Tel un éclair, il réapparut aux côtés de Narcisse et le faucha d’un battement d’ailes avant de lui asséner un terrible coup de pied au ventre, le faisant voler à travers l’air stagnant des Enfers jusqu’à heurter avec violence un mur. Crachant sang et bave, Narcisse se releva aussitôt et se remit en position défensive. Oneiros en profita pour le charger de nouveau au poing, domaine sur lequel le prisonnier était plus performant. S’engagea alors un échange de coups et de parades entre les deux adversaires qui n’était pas sans raviver de vieux souvenirs liés à son entrainement avec Maître Zénon. Pourquoi se rappelait-il de cela à présent ? Prit par surprise dans une feinte du Spectre, Narcisse reçu son poing ganté au plexus solaire et recula d’un bon mètre avant de tomber à genoux.

« Une… une… question… » Articula-t-il en cherchant son souffle, tentant de gagner quelques précieuses secondes face à son adversaire.
« Oui, une unique question. » Le Spectre tendit la main et vint saisir Narcisse à la gorge avant de le soulever du sol et de le tenir face à lui, sur la pointe des pieds. « Quel est ton rêve le plus cher Narcisse ? »
« Mon… Arg… »
« Oui, ton rêve le plus cher… Dit-moi quel est ton rêve. » D’un revers, il envoya Narcisse bouler dans la poussière.
« Mon… rêve… Hmph humph… C’est, de sortir d’ici. »
« Mais tu n’y arrives pas. Tu n’es pas assez fort pour échapper au jugement de Minos. »
« Non… » Répondit-il avant de prendre le bout du pied du Spectre sous le menton, l’envoyant de nouveau voler un mètre plus loin, vers le centre de l’arène.
« Et sais-tu pourquoi tu es si faible Narcisse ? »
« No… non… »
« Je vais te le dire. » Oneiros s’approcha du jeune homme sanguinolent et mit un genou à terre pour être à sa hauteur. « C'est parce que tu ne sais plus pour qui te battre. Mais moi je peux t’offrir un but, je peux t’offrir la force de quitter le Colisée pour me rejoindre et enfin quitter cet Enfer auquel tu as été condamné. »
« Quitter… le Colisée ? »
« Oui. Et servir Hypnos, mon père. »
« Sortir… sortir… sortir… » Murmura-t-il telle une litanie gagnant peu à peu force et puissance.
« Veux-tu accomplir ton rêve le plus cher Narcisse ? »
« OUI ! » Cria-t-il en réponse au Dieu du Rêve.

Une vague d’énergie plus grande que tout ce qu’il avait pu déployer en trois cents ans émergea du corps de Narcisse, tandis qu’il atteignait le septième sens sous le regard emprunt de chaleur d’Oneiros. Du haut de son trône, le Griffon quand à lui détournait déjà le regard : voilà un évènement qu’il n’avait pas prévu et qui allait remettre à plus tard le jugement de cette âme. Le Cosmos du jeune homme explosa tel un incendie de lumière à travers le Colisée et bientôt, il put presque rivaliser, l’espace d’un instant, avec la puissance d’Oneiros… Avant d’être balayé par lui. Mais l’office du Spectre avait été accomplie, et bien que son jeune adversaire aux cheveux d’émeraude tomba par la suite inconscient à ses pieds après un duel de force de quelques secondes, il avait reconnu en lui ce qu’il était venu chercher : un successeur.

Dès le lendemain, tout fût différent pour Narcisse. Faible, il ne put ni bouger, ni même parler tandis qu’il quittait sa geôle encadré de plusieurs gardes l’amenant dans de nouveaux « appartements ». Dans un palais qu’il n’avait jamais vu jusqu’ici, il retrouva Oneiros, son nouveau Maître, le fils de son nouveau Dieu, et son Sauveur. Un genou à terre, il prononça les nouveaux mots d’un rituel qui allait sceller à jamais le destin de cet homme.

« Ma vie vous appartient, Maître. »

¤ ¤ ¤
NUIT

Le temps est une notion bien dérisoire, quand on a le temps d’en prendre réellement conscience. Les Hommes naissent et meurs. Les terres évoluent et les nations disparaissent aussi vite qu’elles apparaissent. Tout ceci, Narcisse en a aujourd’hui conscience. Et même si son Maître n’est plus là pour le guider, il se sait bien capable de rivaliser avec son souvenir face à tous les Spectres qui peuplent les Enfers. Inutile de dire que sa cruauté n’a d’égale que sa puissance et que bien peu nombreux sont aujourd’hui les serviteurs d’Hadès capables de rivaliser avec l’héritier d’Oneiros. Ô certains ont bien essayé ! Mais le Surplis du Dieu du Rêve a fini par les rejeter, tous, autant qu’ils sont. Seul Narcisse le Magnifique peut prétendre à la succession du fils d’Hypnos. Oui, lui seul le peut, car lui seul a été formé dans ce but…

Il lui aura fallu presque cent années supplémentaires, à étudier aux côtés de son nouveau Maître, à Narcisse pour atteindre un tel niveau d’excellence. Un long siècle durant lequel le jeune homme aura peu à peu repris contact avec le monde réel, sans pour autant s’y aventurer. La surface n’est pas son monde bien qu’il sache pouvoir s’y rendre. Comme le témoigne sa couleur de cheveux, il est né des Enfers et c’est pour lui le dernier horizon qu’il aura l’occasion d’observer jusqu’à ce que son heure ne vienne, comme elle fût venue pour Oneiros. Durant un siècle, Narcisse le sans-dieu fût entrainé comme jamais, avec force et conviction à accomplir son destin, devenant peu à peu le Spectre qu’il est aujourd’hui. Certes il n’est pas le puits de science le plus parfait qui soi ni même le plus puissant guerrier des Enfers, mais il sait ce que désirent les Hommes, les Chevaliers et les Dieux. Il connaît leurs rêves secrets, leurs aspirations, il connait leurs désirs et les comprend. Cela est aujourd’hui limpide à son esprit. Et un jour, le rêve éternel prendra forme… Un jour…

En attendant l’heure n’est pas à ces réflexions. Car il y a des évènements dont il ne pourra plus longtemps rester seul spectateur. À l’heure où partout la Guerre Sainte fait rage, Narcisse observe quand à lui depuis la haute salle du palais d’Hypnos où résidait Oneiros et où son Surplis attend que son digne porteur vienne le réclamer. Il pourrait du bout des doigts caresser l’armure et vérifier une bonne fois pour toute si sa vie a réellement un sens. Mais la vérité est qu’après tout ce temps, il a peur. Peur d’avoir été trompé, d’être victime du plus mauvais tour qui soit de la part des Dieux. Alors le jeune homme se plonge dans les ouvrages de son Maître, en quête d’une certitude. Mais comme celui-ci le lui disait lui-même, il n’y a aucune certitude…

« Il y a juste un acte de foi. » Acheva-t-il à haute-voix avant de ranger un dernier ouvrage dans la bibliothèque du fils d’Hypnos.

Qu’est donc devenu la quête de ses souvenirs à ce jeune homme d’avant dont le destin était d’errer sans but ni passé ? Oublié la quête d’antan. Certes les paroles restent et ont évolué, tout comme la prière qu’il se faisait à lui-même d’accomplir un destin plus grand encore que tout ce qu’il avait pu vivre jusqu’ici. Maintenant Narcisse sait où tout cela le mène, et il sait devoir passer par bien des embuches encore pour que s’accomplisse sa destinée. Mais cela ne l’effraie pas. Lorsque l’armure aura rejointe ses épaules, tout sera aussi limpide qu’un ordre divin gravé dans le marbre : sa route sera immuable et rien ne l’arrêtera. Ni les Chevaliers d’Athéna, ni les Guerriers Divins d’Odin, ni même les Marinas de Poséidon, ni même… les Spectres d’Hadès. Mais voyons, il est inutile de se presser, Hypnos ne lui pardonnerait pas d’être si enclin à plonger dans le rêve éternel ses cousins. Mais plus que ses « cousins », ce sont les Juges qu’il rêve maintenant d’éliminer. Tout vient cependant à point qui sait attendre.

Un sourire se dessina sur ses lèvres parfaites tandis qu’il se détournait de la fenêtre lorsque soudain…

« Hum… Qu’est-ce que… ? »

Narcisse se retourna et observa l’horizon des Enfers, y cherchant du regard quelque chose qui n’y était pas ou qui ne pouvait apparaître là. Pourtant cette sensation… C’était la même que lorsqu’une de ses prisons cosmiques cédait. Pourtant, l’homme à la chevelure d’émeraude ne se souvenait pas avoir emprisonné qui que ce soit depuis plus d’un demi-siècle. Et surtout, maintenant que cette « prison » avait été brisé, impossible de retrouver l’endroit où elle se trouvait.

« Quel est donc ce nouveau mystère Maître ? » Murmura-t-il dans le vide…
« Il est temps Narcisse. »

Le sans-dieu se retourna et vit le Surplis du Dieu des Rêves étinceler d’un sombre feu démoniaque. La voix qu’il venait d’entendre était bien celle d’Oneiros, qui « d’ailleurs » lui avait adressé ce message. Car l’âme perdurait même après la mort. Certes il n’était plus « réellement » là. Mais ses souvenirs et sa présence imprégnaient ces lieux et Narcisse y sentait encore le parfum du fils d’Hypnos, comme s’il se tenait encore devant lui.

Délaissant le mystère de cette prison brisée, le jeune homme marcha lentement vers l’armure, glissant sur le sol marbré avec douceur. Ses longs vêtements indigos flottaient à chacun de ses pas de même que sa longue chevelure dont il prenait si soin. Très vite il ressentit l’aura de Cosmos qui entourait le Surplis, lui imposait la dernière épreuve de force qu’il devait passer pour obtenir le pouvoir pour lequel il s’était tant battu. Puisant dans son endurance, sa volonté et sa détermination, faisant appel à l’usage de ses rêves comme moteur de sa force, Narcisse combattit le souffle de Cosmos qui émanait du Surplis avec un sourire bientôt carnassier. Et enfin, lorsque même les flammes infernales apparurent pour le repousser, le jeune homme posa la paume de sa main sur l’armure.

« VIENS À MOI MON ARMURE ! LE NOUVEAU FILS D’HYPNOS TE L’ORDONNE ! »

Une dernière onde de choc accompagna sa déclaration, tandis que sans diminuer d’un soupçon, la tempête cosmique s’intensifiait au contraire. Mais elle ne cherchait plus à repousser Narcisse, au contraire, le jeune homme devint le centre de la tempête elle-même et l’armure s’éleva au-dessus du sol avant de se détacher, morceau par morceau, pour venir recouvrir le corps du divin Narcisse. Celui-ci ferma les yeux et laissa l’armure trouver ses marques sur son corps et s’adapter à sa finesse, à ses traits, à sa taille… Pour qu’enfin, dans un dernier souffle, le successeur d’Oneiros sente qu’il était enfin « complet ». Lorsqu’il rouvrit les yeux, le Spectre sentit tout d’abord la lourdeur de cette armure sur ses épaules. Mais d’un battement de cils ce poids disparu tandis qu’il en appelait au Cosmos pour l’aider à bouger avec le Surplis de son Maître sur les épaules.

Du coin de l’œil il s’admira dans le grand miroir qu’il avait fait installer dans la chambre qui était aujourd’hui la sienne et non-plus celle de son défunt Maître. Voilà, pensa-t-il, voilà pour quel destin je me suis battu. Son sourire s’intensifia et d’un geste vifs, le nouveau fils d’Hypnos s’en retourna à la fenêtre de sa chambre, y laissant éclater son Cosmos tel un phare dans la nuit, ou plutôt… Telle la flamme d’un feu d’alerte, ne visant qu’à informer chaque Spectre aux Enfers d’une chose…

« Le Dieu du Rêve est de retour. »

Bonne lecture.^^
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Katsuki Nagashi
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MessageSujet: Re: Narcisse Ailes du Rêve. Ven 10 Aoû - 17:14

C'est long OMG O_o

Je vais lire tout ça quand je serai moins occupé ^^

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Narcisse Ailes du Rêve.

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